La pièce met en scène la joute oratoire entre deux jeunes avocats, que tout oppose socialement, lors du concours d’éloquence de la Petite Conférence de l’École du barreau de Paris. On peut cependant se contenter de suggérer que les « politiques de la ville », à la collusion des discours médiatico-politiques et des savoirs administratifs ou sciences d’État, jouent un rôle dans le pôle de l’« assignation » comme dans celui de l’« objectivation ». Dans ce contexte, Kery James évoque son parcours personnel, en usant d’images frappantes pour décrire une contre-société, en guérilla larvée dans des territoires abandonnés par la Nation : « On ne s’intègre pas dans le rejet, Ainsi qu’invite à le faire l’auteur (Guillard, 2016, 2017), il conviendrait alors de compléter l’analyse de l’ « imaginaire géographique » de Kery James par celle de sa pratique des « scènes musicales » (ensembles de normes artistiques en vigueur dans un contexte social et dans un cadre spatial donnés), en étant notamment attentif à la spatialité de ses interventions artistiques. En ce sens, Kery James est un « mauvais rappeur », c’est-à-dire un rappeur considéré comme peu fréquentable par les médias mainstream, puisqu’il évoque des sujets controversés (Béru, 2008). Dès le début des années 2000, Jacqueline Costa-Lascoux notait : « La référence topographique se surajoute, aujourd’hui, à la catégorie ethnique. 8:15. Substituer des territoires à des acteurs, ou plutôt compartimenter les acteurs par zones territoriales selon tel ou tel critère discriminant, est plus que tentant pour lire le monde social, dans la mesure où la démarche a le mérite de la clarté et de la lisibilité. Au milieu des années 2000, Joël Roman met déjà en avant l’existence de cette vision binaire chez ceux qu’il nomme, sans remettre en question cette appellation, « jeunes de banlieue » (Roman 2013 [2007]))), qui voit se confronter une France privilégiée, que le rappeur ne nomme jamais((Les études sur les stigmatisations raciales montrent que les processus d’identification ne sont « ni symétriques, ni équivalents », dans la mesure où le « majoritaire (celui qui majore sa position) se pense [et réussit à être pensé] comme le référent universel et par rapport auquel s’ordonne la hiérarchie des Autres » (Poiret, 2011). Courte video d'un "live" de kery james. Kery y dénonce la volonté de monter une France contre une autre à des fins politiques. à une « banlieue » abstraite et essentialisée, toponyme « vague susceptible de s’appliquer à tout secteur enclavé et à toute population qui s’écarterait de la norme » (Vieillard-Baron, 2006). 132). Après avoir sorti sa réédition Tu vois J'RAP encore, réalisé le film Banlieusards disponible sur Netflix et dévoilé ce mercredi le clip poignant de Rester en vie, Kery James est définitivement de retour sur le devant de la scène.. Comme Cécile Gintrac et Sarah Mekdjian lorsqu’elles critiquent les œuvres de certains géographes médiatiques, on peut parfois se demander si ce n’est pas « sous couvert de l’espace, que l’entrée ethnique et raciale est légitimée comme un critère pertinent » (Gintrac et Mekdjian, 2014, p. 236-237). 2011 [2e édition]. En effet, lors de ses vœux à la presse du 20 janvier, soit quelques jours seulement après les attentats, le Premier ministre de l’époque, Manuel Valls, évoque un « apartheid territorial, social [et] ethnique ». (Noiriel, 2006.))). Elle s’accompagne de nombreux « effets de réel », qui s’appuient sur la figure du « lâcher de noms » (, ((Ne serait-ce que parce que les catégorisations raciales et religieuses demeurent omniprésentes dans les textes de Kery James. Tous deux s’attachent à critiquer les emplois flottants (et stigmatisants) des termes « banlieue », pour le premier, et « ghetto », pour le second, auxquels ils souhaitent conférer une définition conceptuelle rigoureuse pour les rendre opératoires en sciences sociales. (Noiriel, 2006. )), ((Comme le souligne Jérémy Robine : « La moitié des Français vivent [selon les statistiques de l’Insee] en banlieue. Sources : présentation du livre chez Actes Sud ; capture d'écran du clip réalisé par Leïla Sy et Mathieu Foucher. ️ youtu.be/VsGkZEC2cVs. Déjà plus de 1 300 000 vues en 24h pour le clip À QUI LA FAUTE ? D’une part, celles-ci n’hésitent plus à louer les qualités littéraires de certaines chansons, comme en témoignent par exemple les articles de l’essayiste Thomas Ravier sur le rappeur Booba publiés dans la, ((Pour Richard Hoggart (Hoggart, 1970 [1957]), cette vision duale du monde social est emblématique des classes populaires. 2008. Cependant, lorsqu’on parle des “banlieues”, ce ne sont pas eux que l’on évoque […]. Source : ((Un troisième pôle étant celui de l’ « objectivation », dont il ne convient pas de parler dans un cadre aussi restreint. 4:36. 2013. 1002. Le mélancolique. )), Ressources pour les concours (Capes, agrégations, ENS...), Géographie en langues étrangères (DNL allemand, anglais, italien, espagnol), Kery James anime un atelier d’écriture pour les collégiens d’Orly, La politique de la ville en quête de réforme, Sports populaires, sportifs impopulaires. L’œuvre du rappeur Kery James, qui annonce la parution d’une autobiographie intitulée Banlieusard et fier de lettres à l’automne 2017 tout en ayant lancé le site d’information LeBanlieusard.fr ((Évoquant le « rapport parfois insidieux entre les médias et le pouvoir politique et tendancieux entre le médias et le pouvoir financier », ce site se veut un « média alternatif, indépendant et sérieux dans lequel l’information est traitée avec un point de vue différent ». La création de ce site, en pleine campagne des élections présidentielles, fait suite à la publication d’une tribune par Kery James dans le journal Le Monde en février 2017 pour dénoncer les violences policières. 2005. French, Drames. Dans ces deux chansons, la dichotomie banlieusard / non-banlieusard est plutôt employée pour exprimer des antagonismes strictement socio-économiques. Kery James Au Hangar 23 - Banlieusards. Réapproprié dans des œuvres artistiques (textes, musique et pièce de théâtre), le stigmate spatio-symbolique est retourné pour devenir le support d'un militantisme politique et social, mais aussi pour servir les exigences artistiques propres au genre du rap, au risque de véhiculer une représentation simpliste du monde social. Soulaymaan, élève avocat à Paris, réussit brillamment ses études. La création de ce site, en pleine campagne des élections présidentielles, fait suite à la publication d’une tribune par Kery James dans le journal, ((Réfléchissant, au début des années 1980, au concept de « territorialisation » dans le cadre du séminaire de la rue d’Ulm de Marcel Roncayolo, éminent spécialiste de géographie urbaine, son élève Jacques Brun (Brun, 2016 [1983]) évoque la possibilité que certaines « représentations collectives » d’un territoire soient conduites à « acquérir assez de force pour s’affranchir, à la limite, de leur base matérielle », au point que le « support spatial symbolique » de ces représentations devienne « territoire imaginaire ». depuis le mois d’avril de la même année, témoigne de la prégnance des réappropriations du référent identitaire « banlieusard », en dépit (mais aussi en raison même) de sa dépréciation, comme « support spatial symbolique » d’une construction identitaire (Brun, 2016 [1983], p. 62-63)((Réfléchissant, au début des années 1980, au concept de « territorialisation » dans le cadre du séminaire de la rue d’Ulm de Marcel Roncayolo, éminent spécialiste de géographie urbaine, son élève Jacques Brun (Brun, 2016 [1983]) évoque la possibilité que certaines « représentations collectives » d’un territoire soient conduites à « acquérir assez de force pour s’affranchir, à la limite, de leur base matérielle », au point que le « support spatial symbolique » de ces représentations devienne « territoire imaginaire ». il y a 13 ans | 2.4K vues. 5:10. 8:15. 3:10. ». Clip disponible. Tony. ». Description. On n'est pas condamné à l'échec, voilà l'chant des combattants Banlieusard et fier de l'être, j'ai écrit l'hymne des battants Ceux qui n'font pas toujours ce qu'on attend d'eux Qui n'disent pas toujours c'que l'on veut entendre … Paroles de la chanson Banlieusards par Kery James. On n’est pas condamné à l’échec, voilà l’chant des combattants Banlieusard et fier de l’être, j’ai écrit l’hymne des battants Ceux qui n’font pas toujours ce qu’on attend d’eux Qui n’disent pas toujours c’que l’on veut entendre d’eux Parce que la vie est un … 2006. Article dans une revue étudiante, qui reprend en substance l’argumentation de la précédente communication : Burgel, Élias. Chansons de Kery James évoquées dans l’article. Banlieusards (Bande-annonce) Plus d'infos. Comme le souligne Guy Di Méo, « si la société se perçoit difficilement derrière les individus qui la composent, le territoire, lui, se cartographie et se borne » (Di Méo, 2002, p. 178). Une bagarre, un coup de feu, un drame. Pour Kery James, l’identité « banlieusarde », expérience sociale minoritaire, mise sur le même plan que la « condition noire » (Ndiaye, 2009) ou que la « condition musulmane », fait donc symboliquement frontière entre deux blocs sociaux antagonistes que toutes les caractéristiques sociales opposent par ailleurs au sein de la Nation. Courte video d'un "live" de kery james. 2003. D’autre part, celles-ci n’hésitent plus à en faire une documentation de premier choix dans une perspective de sciences sociales, comme l’illustre par exemple la thèse de géographie, récemment soutenue, de Séverin Guillard (Guillard, 2016). On peut cependant se contenter de suggérer que les « politiques de la ville », à la collusion des discours médiatico-politiques et des savoirs administratifs ou sciences d’État, jouent un rôle dans le pôle de l’« assignation » comme dans celui de l’« objectivation ».)). Kery James : Banlieusard et fier de l'être - Clique - CANAL+. Souvent rattachée au courant du « rap conscient », sa musique évoque les inégalités, les discriminations et les aspects multiformes de la violence sociale en général. Des auteurs s’attachent ainsi à souligner le rôle primordial de l’État dans la fabrique d’un stigmate spatio-symbolique « banlieusard », en critiquant tout particulièrement les « politiques de la ville » (Kirzbaum et al., 2015), accusées de renforcer le « problème des banlieues » ou « crise des banlieues » (Stébé, 2010) plutôt que d’y apporter des solutions objectives. Dans Banlieusards (2008) et Zyed et Bouna (2015) – hommage musical diffusé sur YouTube dans une version inachevée, dix ans après la mort tragique des deux adolescents –, la « bipolarisation sociale » semble cependant plus nuancée, même si la thématique des « deux France » est omniprésente, comme en témoigne un extrait du premier titre : « Parce qu’à ce jour y’a deux France, qui peut le nier ? 3:11. URL : http://geoconfluences.ens-lyon.fr/actualites/eclairage/kery-james-banlieusard, Ressources de géographie pour les enseignants. )), est considérée comme le strict décalque de l’antithèse dominants / dominés, en vertu d’une « spatialisation » (Tissot et Poupeau, 2005) flagrante et étroitement binaire des antagonismes sociaux, que ceux-ci soient économiques, religieux ou même, parfois, raciaux. Ainsi, seul celui qui s’écarte de la norme dominante, pensée tacitement comme universelle, bénéficie généralement d’un qualificatif dépréciatif marquant son « altérité ». Il est vrai que le rappeur originaire de Guadeloupe accuse la France des injustices. L’auteur remercie Jean-Baptiste Dagorn, Alexandra Hondermarck, Marion Messador et Nathanaël Travier qui, à un moment ou à un autre, ont relu une version de cet article. Ainsi, seul celui qui s’écarte de la norme dominante, pensée tacitement comme universelle, bénéficie généralement d’un qualificatif dépréciatif marquant son « altérité ». propose une pièce de théâtre écrite par ses soins, sous le titre « À Vif », à l’affiche, entre autres, du Théâtre du Rond-Point((Jouée au Théâtre du Rond-Point entre le 10 et le 28 janvier 2017, la pièce a été reconduite du 12 septembre au 1er octobre de la même année, en raison de son succès. 132).)). 5:37. « Intériorisé[e] dans des schèmes de perception » (Ripoll, 2012, p. 121), cette « mise en espace du social » semble, à l’exemple du stigmate « banlieusard », avoir connu une diffusion du sommet à la base de la pyramide sociale, des stigmatiseurs aux stigmatisés, selon des modalités et des rythmes qui demeurent à étudier dans une perspective historique((L’enjeu est celui d’une « histoire contextualisée de la production, de la réception et de la perception des stigmates » (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014, p. 218))). NTMVEVO 37,717,486 views Banlieusards. 12327. Ripoll, Fabrice et Rivière, Jean. Kery James : Elle remonte à plus de 10 ans, où j’avais déjà eu comme projet de faire un long-métrage autobiographique mais qui n'a jamais abouti. Banlieusards Kery James. Aller à la navigation, « Parce que moi je suis noir, musulman, banlieusard et fier de l’être, À cet égard, le rap mérite sans conteste d’être pris au sérieux par les sciences sociales, en particulier la géographie, du fait de la prégnance des représentations territoriales qu’il véhicule : comme le souligne en effet Séverin Guillard, le genre même du rap est indissociable de « revendications spatiales » (Guillard, 2017), qui permettent à l’artiste de remplir un impératif d’authenticité et de représentativité (Béru, 2008). Dans "Banlieusards", Kery James affiche une banlieue plus humaine. Lecture hors ligne. German, German, English, English, Spanish, Spanish, French - Audio Description, French … Invités de renoms au rendez-vous… Le rappeur, ancré dans le paysage musical français depuis une trentaine d’années, revient sur scène avec une nouvelle tournée : Le Banlieusards … Comme le montre la devise « L’information par nous, pour tous », le projet vise à donner voix aux « banlieusards », cependant sans esprit de fermeture. KERY JAMES BANLIEUSARD. S'inscrire. Voir la page présentation du site datée du 18 avril 2017.)) "Tu devrais écrire des … Brun, Jacques. Pour un exemple récent, voir la vidéo « Kery James anime un atelier d’écriture pour les collégiens d’Orly », mise en ligne par le département du Val-de-Marne en avril 2017 [consulté en août 2017].)) Kerry James en live avec "Vivre ou mourir ensemble" - Clique - CANAL+. Nous proposons de revenir brièvement sur ce second point, à partir d’une analyse générale de la thématique des « deux France » dans l’œuvre de Kery James, laquelle se structure essentiellement autour de l’emploi du mot « banlieusard ». Source de l'illustration : Dmdstyle, sous licence CC Attribution 3.0. )), ((Pour « inverser le sens de l’étonnement » et de la catégorisation de l’ « altérité », Nicolas Jounin conduit, lors de promenades sociologiques, des étudiant.e.s de Seine-Saint-Denis dans les « beaux quartiers » ou « quartiers bourgeois » parisiens (Jounin 2016). Si vous continuez à utiliser ce dernier, nous considérerons que vous acceptez l'utilisation des cookies. Aussi la focale ne porte-t-elle pas – comme c’est parfois le cas (Léonard 2015) – sur un stigmate socio-résidentiel, susceptible de se manifester dans les interactions quotidiennes par des discriminations causées du fait de son adresse personnelle ou de son lieu de vie (qu’il s’agisse par exemple des relations avec la police, les services sociaux ou encore de l’administration judiciaire), mais sur un stigmate spatio-symbolique, construction symbolique de la différence entre groupes sociaux basée sur la dépréciation d’un « référent géographique identitaire » (Stock, 2006, p.11). Trois frères issus d’une banlieue sensible de la région parisienne. Kery James - Banlieusards lyrics. Alix Mathurin, dit Kery James, est un rappeur français, également réalisateur, scénariste et acteur, né le 28 décembre 1977 aux Abymes en Guadeloupe.Il est considéré par la presse spécialisée et le public comme une figure de proue du rap politique.Son œuvre évoque la vie en banlieue et les inégalités dans la France actuelle. 85. Tous deux s’attachent à critiquer les emplois flottants (et stigmatisants) des termes « banlieue », pour le premier, et « ghetto », pour le second, auxquels ils souhaitent conférer une définition conceptuelle rigoureuse pour les rendre opératoires en sciences sociales. )), cette démarche n’en conduit pas moins à demeurer tributaire d’éléments de langage, qui sous-tendent une perception de la société jamais remise en cause. Suivre . Au milieu des années 2000, Joël Roman met déjà en avant l’existence de cette vision binaire chez ceux qu’il nomme, sans remettre en question cette appellation, « jeunes de banlieue » (Roman 2013 [2007]))), ((Les études sur les stigmatisations raciales montrent que les processus d’identification ne sont « ni symétriques, ni équivalents », dans la mesure où le « majoritaire (celui qui majore sa position) se pense [et réussit à être pensé] comme le référent universel et par rapport auquel s’ordonne la hiérarchie des Autres » (Poiret, 2011). En définitive, on peut se demander si la représentation du social exprimée dans les « deux France » de Kery James ne relève pas de cette tendance à spatialiser rigidement les antagonismes sociaux dont témoignent même les sciences sociales (Ripoll et Rivière, 2007 ; Rivière, 2013 ; Delpirou, 2017). )((Le cas de la médiatisation de l’« affaire Benzema » à l’automne et à l’hiver 2015 est, à cet égard, exemplaire (Beaud et Oualhaci, 2016).)). Synopsis : Trois frères issus d’une banlieue sensible de la région parisienne. ))), ((Le cas de la médiatisation de l’« affaire Benzema » à l’automne et à l’hiver 2015 est, à cet égard, exemplaire (Beaud et Oualhaci, 2016). Kery James a créé en décembre 2007 l’association A.C.E.S. Il emprunte, par la même occasion, une grille de lecture du social sujette à un prisme spatialiste rigide, qui ne prend pas compte la pluralité du réel, en particulier la grande complexité des banlieues françaises (Vieillard-Baron, 2011)((Comme le souligne Jérémy Robine : « La moitié des Français vivent [selon les statistiques de l’Insee] en banlieue. Written and co-directed by Kery James… le live de "banlieusards" extrait du dvd disponible dans l'edition limitee de reel est a voir ici La pièce, qui a également été représentée dans toute l’Île-de-France et dans le reste du pays, vient de connaître une édition chez Actes Sud (Kery James, 2017).)). À cet égard, le séminaire d’élèves « La Plume et le Bitume », organisé à l’ENS Ulm depuis janvier 2015, peut paraître emblématique des deux modes d’appropriation.)). Kery James incarne – comme pour mieux jouer son propre rôle – un transfuge de classe originaire d’Orly, Soulaymaan, qui défend paradoxalement la thèse selon laquelle « les citoyens sont responsables de leur condition », en érigeant sa réussite individuelle en modèle, tandis que Yannick Landrein figure le personnage de Yann, issu d'une famille aisée, qui semble vouloir racheter son enfance cossue en pointant du doigt les négligences coupables de l’État. Genres. Tony. Tribune de Kery James dans le journal Le Monde : Par l’auteur du présent article, sur le même sujet : Élias BURGEL Recherche. Sa vocation pour le rap se développe à l’adolescence, au fil d’ateliers d’écriture organisés par la Maison des jeunes et de la culture (MJC) d’Orly, animés, entre autres, par le rappeur franco-sénégalais MC Solaar. Par Élias Burgel. Il reste moins d'un mois avant la sortie du premier long-métrage de Kery James. "Banlieusard et fier de l’être" : Kery James, ou le retournement "à vif" du stigmate spatio-symbolique, - École normale supérieure de Paris (ENS Ulm), ((Jouée au Théâtre du Rond-Point entre le 10 et le 28 janvier 2017, la pièce a été reconduite du 12 septembre au 1er octobre de la même année, en raison de son succès. Cependant, lorsqu’on parle des “banlieues”, ce ne sont pas eux que l’on évoque […]. Woh !! Son chemin croise celui de Lisa face à laquelle il débat sur la responsabilité de l’État dans la situation actuelle des banlieues lors de la finale d’un célèbre concours … […] C’est le premier film écrit et co-réalisé par le rappeur. En effet, si la dimension foncièrement militante du retournement du stigmate spatio-symbolique par Kery James ne saurait faire de doute((Ce « renversement positif des identités infâmantes », qui permet de « valoriser l’identité à l’origine de l’exclusion [pour] donner un contenu positif à cette spécificité », tout en favorisant la mobilisation et la formation d’une conscience de groupe (Roussel 1995), a été particulièrement bien analysé pour le mouvement LGBT (Broqua 2006). )), ou encore par la convocation d’images-stigmates comme, par exemple, le grand ensemble. Comme le soulignait Pierre Bourdieu dans les Méditations pascaliennes (Bourdieu, 1997, p. 204), la première des violences symboliques n’est-elle pas alors cette « adhésion que le dominé ne peut manquer d’accorder au dominant (donc à la domination) lorsqu’il ne dispose pour le penser et pour se penser […] que d’instruments de connaissance qu’il a en commun avec lui » ? Le spectateur est invité, de manière fort séduisante (le jeu d’acteur étant, en particulier, très poignant, à mi-chemin des codes du théâtre et de ceux de la battle de rap), à osciller entre la thèse et l’antithèse, sans qu’un arbitrage n’ait véritablement lieu – sans, surtout, que les termes du débat ne soient analysés, que ce soit la notion d’ « État », confondue avec celle de dirigeants politiques, mais surtout l’expression « situation actuelle des banlieues en France », qui mêle considérations économiques, religieuses et raciales sur fond d’appartenance territoriale symbolique. Demba, l’aîné, vit aux rythmes du trafic et de la rue. Ce processus est bien connu puisque de nombreuses études, à mi-chemin de la sociologie critique et de la géographie sociale, insistent sur la construction du stigmate « banlieusard » comme identité assignée à distance, pour reprendre une expression prisée de la « socio-histoire » de Gérard Noiriel((S’inspirant de la sociologie de Norbert Élias, Gérard Noiriel s’intéresse aux « liens à distance » et aux « moyens d’action à distance » qui s’exercent entre les individus, par l’intermédiaire des médias ou des normes juridiques, par exemple. Signaler. De manière surprenante, malgré les précieux enseignements de tous les travaux portant sur la « production institutionnelle » (Plumauzille et Rossigneux-Méheust, 2014, p. 220) du stigmate spatio-symbolique « banlieusard », le processus de retournement du stigmate, théorisé par les travaux les plus emblématiques de l’interactionnisme symbolique (Goffman, 1975 [1963]), est – sauf exceptions notables (Lepoutre, 1997 ; Piolet, 2016) – très rarement évoqué, si bien que l’analyse peut, en un sens, sembler souvent assez misérabiliste (Grignon et Passeron, 2015 [1989]) dans sa description univoque d’une violence symbolique, certes indéniable, des institutions médiatiques et politiques. Soucieux de la place des « banlieusard(e)s » dans la République, Kery James évoque souvent ses symboles, à l’image de Marianne, tantôt de manière conventionnelle, tantôt de manière détournée. Regarder en plein écran. Audio. Enfin, merci à Jean-Benoît Bouron pour la qualité de son travail éditorial. D’une manière générale, l’opposition entre les « deux France » qui structure l’œuvre du rappeur Kery James s’exprime donc de manière spatio-symbolique, en raison de la référence permanente((La plupart du temps, cette référence est indirecte puisqu’insinuée par le terme « banlieusard », dont la version extensive est le génitif « de banlieue ». )), ((Évoquant le « rapport parfois insidieux entre les médias et le pouvoir politique et tendancieux entre le médias et le pouvoir financier », ce site se veut un « média alternatif, indépendant et sérieux dans lequel l’information est traitée avec un point de vue différent ». Ces analyses révèlent la contribution, ininterrompue depuis plusieurs décennies, du champ médiatique à la fabrication de stéréotypes sur certains groupes sociaux dits, souvent d’ailleurs sans considération de leur lieu de résidence et de leurs lieux de vie, « de banlieue » (jeunes adolescents et adulescents urbains de sexe masculin, populations de confession musulmane, rappeurs et footballeurs, chômeurs, femmes voilées, etc. Jérémy Robine insiste, de son côté, moins sur les effets de différenciation juridique engendrés par les politiques de la ville que sur les ambiguïtés sémantiques des objectifs mêmes assignés à ces politiques, en affirmant que « l’unité des banlieues à problèmes n’existe […] qu’au travers de cette représentation qu’elles pos[ent] et de l’existence d’une politique publique dédiée à sa résolution » (Robine, 2013, p. 132 ; Robine, 2016). Faut être sensés. Envoyé par son père avec sa mère et sa sour en France, il effectue le début de sa scolarité dans les Yvelines et est placé dans une famille d'accueil, sa mère devant travailler les samedi & dimanche.Les débuts avec …